La France doit payer ce qu’elle doit au Pacifique
9 juin 2025
DÉCLARATION AUX MÉDIAS
Les compétences de la France pour accueillir une conférence mondiale sur les océans ont
été contestées par des groupes, des mouvements et des organisations de la société civile du
Pacifique, qui estiment que si elle n’est pas tenue responsable de ses actions dans le
Pacifique, il ne s’agit que d’une tentative de rebranding.
Cet appel à la responsabilité intervient dans le contexte de la Conférence des Nations Unies
sur les océans (UNOC) organisée cette semaine à Nice, sous l’égide de la France, et au cours
de laquelle le président Macron accueillera le Sommet France-Pacifique. Les responsables
français ont qualifié l’événement de l’UNOC de rassemblement ”…dans le véritable esprit du
Talanoa”, un rassemblement qui serait inconcevable sans le Pacifique.
Tout en reconnaissant l’importance de tirer parti des partenariats mondiaux pour une action
climatique urgente et la protection des océans par le biais du processus de l’UNOC, la
société civile du Pacifique estime fermement que nos dirigeants doivent tenir la France
responsable de ses actions passées et ne pas lui permettre de blanchir son linge sale à
travers les récits du ‘Pacifique bleu’ et de la ‘transition critique’.
Les prétentions de la France à être un gestionnaire responsable de l’océan sont mises à mal
par ses actions historiques dans le Pacifique. Parmi celles-ci:
● Un héritage colonial brutal remontant au milieu des années 1800, avec l’annexion
des nations insulaires désormais connues sous le nom de Kanaky-Nouvelle-Calédonie
et Mā’ohi Nui-Polynésie française;
● Un refus d’achever le processus de décolonisation et, de fait, la perpétuation de la
condition coloniale, en particulier pour les ‘territoires’ susmentionnés figurant sur la
liste des territoires à décoloniser de l’ONU. En Kanaky-Nouvelle-Calédonie, par
exemple, la France et ses agents continuent de renier leurs engagements de longue
date en matière de décolonisation, tout en instrumentalisant les idéaux et processus
démocratiques tels que le droit de vote ‘universel’ pour nier les droits fondamentaux
des populations autochtones à l’autodétermination;
● Trente ans de violence nucléaire à Mā’ohi Nui-Polynésie française, avec 193
explosions nucléaires , dont 46 dans l’atmosphère et près de 150 sous les atolls de
Moruroa et de Fangataufa, irradiant à la fois la terre et la mer, ainsi que les
populations. Environ 90% de la population locale a été exposée aux retombées
radioactives, ce qui a eu des conséquences à long terme sur leur santé, notamment
des taux élevés de cancer et d’autres maladies liées aux radiations;
● Des efforts actifs pour dissimuler l’ampleur réelle de la violence nucléaire à Mā’ohi
Nui-Polynésie française, en détournant des ressources pour discréditer la recherche
indépendante et en entravant la transparence sur les impacts sanitaires et
environnementaux. Ces actions révèlent une tendance persistante au déni et au
contrôle du récit qui continue de saper les efforts d’indemnisation et de retarder
l’obtention d’une justice pour les victimes et les communautés;
● Les revendications françaises sur environ un tiers de la ZEE combinée du Pacifique et
sur le fait d’être le deuxième plus grand État océanique du monde , en grande partie
grâce à ses soi-disant dépendances du Pacifique;
● La fourniture d’équipements militaires français et l’attentat à la bombe contre le
navire amiral de Greenpeace, le ‘Rainbow Warrior’, en 1985, par des agents des
services secrets français — une attaque terroriste sponsorisée par l’État, dont le 40e
anniversaire est célébré cette année.
Depuis la fin des années 1980, la France œuvre sur les plans diplomatiques, du
développement et de la défense afin de rallier le soutien des gouvernements du Pacifique.
Cela comprend l’aide au développement par l’intermédiaire de l’Agence française de
développement (AFD), du Fonds Asiatique de Développement, les échanges linguistiques et
culturels, la collaboration scientifique et l’aide humanitaire.
Une forte présence diplomatique dans les capitales du Pacifique ainsi qu’un programme
complet d’échanges de haut niveau, y compris un sommet triennal des dirigeants
France-Océanie à partir de 2003, vise à renforcer la proximité avec Paris, ainsi qu’à
l’adhésion à ses priorités et à sa vision.
Le leadership français dans ce processus de l’UNOC s’inscrit une fois de plus au cœur de ses
efforts continus pour se repositionner comme un leader mondial de l’action climatique, un
champion dans la protection des océans et un promoteur de la souveraineté.
Rien n’est plus éloigné de la vérité.
La réalité est que la France est davantage intéressée à renforcer sa position de puissance
moyenne dans un cadre indo-pacifique plutôt que pacifique, et en tant que puissance
d’équilibre dans le contexte de la rivalité entre les grandes puissances entre les États-Unis et
la Chine, ce qui mine plutôt qu’il ne renforce la souveraineté du Pacifique.
Et nos dirigeants ne doivent pas permettre à la France de construire cette nouvelle image
mondiale sur les fondements de ses atrocités contre les peuples du Pacifique et notre
continent océanique.
Donc, la société civile du Pacifique appelle donc la France à:
● Prendre des engagements immédiats et irréversibles accompagnés de mesures
concrètes visant à mettre fin à sa présence coloniale dans le Pacifique avant la
conclusion, en 2030, de la 4e Décennie Internationale pour l’Éradication du
Colonialisme;
● Reconnaître et Prendre ses responsabilités concernant les dommages humains et
océaniques causés par les 30 années de violence nucléaire à Mā’ohi Nui-Polynésie
française, et à s’engager en faveur de réparations complètes et justes, y compris le
soutien aux communautés affectées, la remise en état environnementale des sites
d’essais nucléaires, ainsi que la divulgation publique et complète de toutes les
données relatives à la santé et à la contamination par la radioactivité.
Nous appelons en outre les dirigeants du Pacifique à :
● Tenir la France responsable de sa dette multiple et historique envers les peuples du
Pacifique ;
● Veiller à ce que Mā’ohi Nui-Polynésie française et Kanaky-Nouvelle-Calédonie restent
sur la liste des territoires non autonomes à décoloniser de l’ONU (liste de
décolonisation de l’ONU).
Les dirigeants du Pacifique doivent s’assurer que la France ne parvienne pas à blanchir son
linge sale – souillé par le sang de milliers d’insulaires du Pacifique qui ont résisté à
l’occupation coloniale et/ou qui ont servi de cobayes pour ses machines industrielles et
militaires – dans le cadre du processus de l’UNOC.
– FIN –
Pour toute demande de la part des médias, veuillez contacter:
Adam Wolfenden
Coordonnateur adjoint
Réseau Pacifique sur la mondialisation
Courriel : campaigner@pang.org.fj
Révérend James Bhagwan
Secrétaire général
Conférence des Églises du Pacifique
Courriel : jamesb@pcc.org.fj
APPROUVÉ PAR :
- 350.org Pacific
- Alice Springs Peace Action Think Tank (ASPATT)
- Alliance for Future Generations-Fiji
- Centre for Counter Hegemonic Studies
- Civil Society Forum of Tonga
- Citizens’ Nuclear Information Center
- Concerned Citizens for Nuclear Safety
- Council of Pacific Education (COPE)
- DAWN (Development Alternatives with Women for a New Era)
- DJ PTE LTD
- Fiji Nuclear Veterans and Families Association
- Fiji Women’s Crisis Centre
- For Mother Earth
- Global Candlelight Action-Hamburg
- GPPAC Pacific
- Hawaiʻi Institute for Human Rights
- Hunter Peace Group
- International Campaign to Abolish Nuclear Weapons (ICAN)
- ICAN Aotearoa New Zealand
- International Peace Research Association
- JOJIKUM
- LABRATS
- LEAF of Hudson Valley
- Marshallese Educational Initiative
- Medical Association for Prevention of War (Australia)
- Moana Nui Action Alliance
- Moruroa e Tātou
- Nuclear Truth Project
- Pacific Climate Custodians
- Pacific Conference of Churches (PCC)
- Pacific Islands Council of Qld Inc.
- Pacific Migration Partners
- Pacific Network on Globalisation (PANG)
- PacificwinPacific
- Pacific Youth Platform
- Palau Resource Institute (PRI)
- Peace Movement Aotearoa
- Project Sepik Inc
- Snake River Alliance
- Social Empowerment and Education Programme (SEEP)
- Soqosoqo Vakamarama iTaukei
- TAPOL
- Te Kuaka
- Ulin Maho Association
- West Papua Action Tamaki
- World Without Wars and Violence, Greece
- Vanuatu Indigenous Land Defense Desk (VILDD)
- Youngsolwara Pacific
- Young Women’s Christian Association of Fiji
Source : https://pang.org.fj/2935-2/
